Vendredi 9 février 2007

L’ancien disait encore au frère au sujet de l’âme qui veut se convertir :

Il y avait dans une ville une belle courtisane qui avait beaucoup d'amants. Un grand personnage, qui était venu à elle, lui dit : « Promets-moi de vivre honnêtement et je te prends pour femme. » Elle le lui promit et il l'emmena avec lui dans sa maison. Or, ses amants, qui la regrettaient, disaient : « Ce personnage l'a prise dans sa maison. Si donc nous allons dans la maison et qu'il l'apprenne, il nous châtiera. Allons donc plutôt derrière la maison et sifflons-lui quelque chose ; elle reconnaîtra le sifflement, elle descendra jusqu'à nous, et nous, nous serons irrépréhensibles. Ayant donc entendu le sifflement, elle se boucha les oreilles et se précipita dans la chambre la plus retirée dont elle ferma les portes.

L'ancien disait que la courtisane, c'est l'âme ; ses amants sont les passions et les hommes. Le grand personnage, c'est le Christ ; l'appartement le plus intérieur, c'est la demeure éternelle ; ceux qui sifflent, ce sont les démons pervers, mais à tout moment l'âme se réfugie auprès du Seigneur.

Extrait de Abba, dis-moi une parole !
Solesmes

par Marc-Elie publié dans : Textes
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Mardi 6 février 2007

Un ethnologue new-yorkais reçoit un jour à Manhattan un de ses vieux amis sioux. Et comme à grand-peine ils cheminent dans la cohue des gens, des voitures hurlantes, des gyrophares policiers, bref dans l'ordinaire boucan d'une avenue crépusculaire, à l'heure de pointe, le Sioux s'arrête soudain au coin d'une rue, tend l'oreille et dit
- Tiens, j'entends un grillon.

Son ami s'étonne.

- Un grillon ? Laisse tomber, mon vieux, tu rêves. Entendre un grillon, à New York, dans ce vacarme ? - Attends, dit l'autre.

Il va droit à l'angle d'un mur. Dans une fente de béton poussent des touffes d'herbe grise. Il se penche, puis s'en revient. Au creux de sa main, un grillon. - Alors ça, bafouille l'ami, abasourdi, c'est incroyable. Une ouïe fine à ce point-là, c'est un truc de sorcier, ou quoi ?

- Pas du tout, répond le Sioux. Chacun entend ce qui l'habite et ce qui importe dans sa vie.
Facile à démontrer. Regarde.

Il sort quelques sous de sa poche et les jette sur le trottoir. Tintements brefs, légers, fugaces. Dans la bousculade autour d'eux, tandis que les voitures, au feu du carrefour, klaxonnent, démarrent, rugissent, dix, quinze têtes se retournent et cherchent de l'oeil, un instant, ces pièces de monnaie qui viennent de tomber.

Voilà, c'est tout, dit le Sioux.

Henri Gougaud
cité dans Nouvelles Clés N°52
http://www.nouvellescles.com

 

par Marc-Elie publié dans : Textes
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