Mardi 27 mai 2008

Vous direz : « Alors, mon travail c'est ma prière. »

Non, ce n'est pas vrai. Le travail, de soi, n'est pas la prière. Car le travail, c'est aussi le lieu de la jungle, du combat, de l'agressivité, de la vanité, de l'écrasement de l'autre. Le travail peut devenir prière - mais par l' élargissement de notre âme — lorsque la prière offre au travail son véritable but qui n 'est plus seulement productivité. Et cela suppose un long, lent, patient et impatient exode : celui d'un dépouillement, d'une remise de soi à un Autre

Lorsque les mages arrivèrent devant l'Enfant-Jésus, ils découvrirent que les bergers étaient arrivés beaucoup plus vite qu' eux et à moindres frais, et c'est seulement en  découvrant cela qu'ils découvrirent le Christ.

La voie des bergers est pauvre, sans apparence et démunie. C'est celle qui est proposée à toute prière. Tout les chemins de la prière montent la même pente, par des voies différentes, que ce soit dans la liturgie, l'oraison ou le chapelet...

Il s'agit de rejoindre la prière du Christ, de la manière la  plus adaptée à nos propres possibilités, à notre fatigue, à notre psychologie.

Deux appels de l' Évangile résument toute l'histoire de notre  prière :  
- la demande  des  apôtres :  « Seigneur, apprends-nous à prier » ;
- la plainte du Christ :  « Vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi! »

Nous n'avons jamais fini d'apprendre à prier, de découvrir que seul l'Esprit de Dieu peut intercéder et gémir pour nous qui ne savons pas ce qui nous convient.

Et nous n' avons jamais fini d' être en retard sur l' attente de Dieu à notre égard.

Redire avec le Christ et Marie : « Notre Père », et cela tout au long des grands événements qui, ayant marqué la vie du Christ, sont devenus les étapes de toute destinée chrétienne; redire avec le Christ offrant la création :  « Je vous salue, Marie. » Qui pourra prétendre être au-dessus de cette « pratique » ?

Et qui pourra prétendre n'avoir jamais connu sous le coup de la fatigue, du sommeil, de la maladie, de la lassitude ou du désespoirce qu'est la pauvreté d'un berger dans la nuit?

Bernard Bro
Apprendre à prier

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Lundi 26 mai 2008

On sait la liste des prières que Jésus écoute et exauce. De Cana au bon larron : quelle litanie ! C'est la nôtre, celle de ce quotidien des désarmés, des démunis, de ceux qui, n'ayant plus que le Christ, Lui offrent leur indigence elle-même.

Dieu accorde un prix infini, divin, à notre existence : celle de chaque jour, à notre intervention à l'occasion des choses les plus banales. Notre vie est une action à deux. C'est irréversible. Nous gardons le pouvoir de dire non. Mais Dieu s'est enchaîné aux liens de notre désir, à notre prière. Au-delà de nos fautes nous sommes déjà pardonnés, réconciliés, mais ces chaînes il les a lui-même forgées. C'est à notre faiblesse même que Dieu s'adresse alors. II nous dit : « Donne, donne-moi ta crainte, ta fragilité. Tu es démuni : donne. » Admirable révolution de l'amour, on peut toujours transformer cela même qui pèse, blesse, coûte : le quotidien, en occasion d' aimer.


Bernard Bro
Apprendre à prier

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